petits bouts de textes

n01

March 10, 2008 · 4 Comments

Il était absolument impossible de le réveiller, elle le savait, elle avait essayé la veille, après l’amour, quand il s’était endormi presque encore de tout son poids sur elle, et puis une fois plus tôt ce matin, parce qu’elle était matinale et lui, de toute évidence, non. Rien à faire, il dormait comme une souche. Au moins, il ne ronflait pas.

Elle avait pourtant choisi d’écouter sa musique au baladeur, juste pour lui, au cas, pour ne pas trop l’emmerder. Il y avait tellement longtemps qu’elle le voulait dans son lit, elle allait quand même pas le faire chier le premier matin!

La musique rempli son cerveau de notes joyeuses et arythmiques, elle suivait le tempo du bout des doigts sur la table. Pas de café tant qu’il ne serait pas debout, le moulin le réveillerait, c’était certain.

Alors que faire?

Elle sorti fumer une cigarette sur le balcon, frissonnant tant du froid de ce printemps qui ne voulait vraiment pas se montrer le bout du nez que de restes de fatigue après une nuit très courte.

Elle avait repoussé le plus longtemps possible le moment de se dévêtir. Elle n’était pas certaine, n’avait pas confiance qu’il la trouverait aussi séduisante qu’il le fallait, une fois nue. Elle ne s’était jamais sentie comme ça, avec les autres garçons.

Il n’y avait que lui, pour la faire douter d’elle.

Il n’était toujours pas debout.

Elle rangea son manteau, ramassa les bouteilles vides et les verres, remis un peu d’ordre sur le comptoir, feuilleta distraitement une revue tout en chantonnant au rythme de la musique. Le soleil commençait à jouer entre les branches de l’arbre dans la cour.

Quand il lui avait fait la bise, la veille, elle avait su. Elle ne le connaissait pas vraiment, pourtant, mais son regard était différent. Il souriait des yeux. Il l’avait gardé plus longtemps contre lui, dans leur accolade. Une seconde de plus, peut-être, mais elle avait su et avait ressenti une douce vague de chaleur traverser son ventre quand il avait posé sa main sur le bas de son dos, là ou son gilet insistait toujours à ne pas tout cacher.

Résistant a une envie d’aller encore essayer de le réveiller de tout ses becs et caresses, elle entreprit de se faire des crêpes. Poussant le volume à 24 sur son baladeur, elle rajoutait de la farine, brassait, et chantait, maintenant, sans s’en rendre compte. Elle détestait quand ça lui arrivait dans l’autobus, de chanter tout haut, de se faire regarder bizarrement, et puis les joues qui brûlent et qui deviennent toutes rouges…

Elle avait définitivement fait beaucoup trop de crêpes. Et il ne restait plus de sirop. Balançant les hanches au rythme de la musique tout en balançant une assiette remplie de crêpes de la main gauche, elle pivota, tentant de reproduire un mouvement qu’elle l’avait vu faire des milliers de fois sur la piste de danse. Elle perdit un peu l’équilibre, mais se reprit juste a temps.

Il ne devait pas placer ses pieds comme ça. Elle recommença, juste au moment ou la musique reprenait plus de rythme, et trouva que c’était pas mal bien exécuté. Bravo. Restait qu’à trouver comment l’intégrer a un autre pas, et elle pourrait s’en servir en public.

Talon, pied gauche, pivot. Elle rit, elle l’avait réussi, et rattrapé les crêpes qui voulaient danser, elles aussi. Chantant de plus belle, elle recommença encore et encore, talon, pied gauche, pivot, les crêpes et l’assiette avec elle dans un équilibre fragile.

Puis, elle l’avait vu, accoté sur le cadre de porte, qui la regardait, mi endormi, mi amusé, les bras croisés et un sourire en coin.

L’assiette se fracassa en mille morceaux. Il ne lui en restait que deux, maintenant.

Elle avait les joues rouges et brûlantes.

Le chat se précipita sur la pile de crêpes, intrigué, puis, déçu par l’odeur sucrée, retourna se coucher, ronronnant pour rien, comme ça, lové dans une tache de soleil sur le parquet.

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