it was epic
unreal
everything that could have gone wrong went wrong
and yet
it felt
so
right

it was epic
unreal
everything that could have gone wrong went wrong
and yet
it felt
so
right

Categories: fragments
Enfoncée dans son divan, fumant ma taponneuse jusqu’au carton, je me plaignais des misères miséreuses de ma vie de petite bourgeoise. Il m’écoutait me plaindre pour rien, un sourire en coin, l’air malicieux comme c’est pas possible.
«Quoi?» que je lui ai dit, un peu excédée devant son manque de sympathie.
Il se leva, farfouilla quelques instants en silence dans une pile de vinyles, et en plaça un sur la table tournante.
Après plusieurs secondes de crachotement, une pièce bluesée avec guitare en sourdine se fait entendre.
Il me tendit la main.
Je la pris.
Au milieu de son salon, contournant avec attention nos coupes de vin rouge de dépanneur et les livres éparpillés partout, on a dansé un «plain» comme dans le temps de nos parents, une main dans la sienne, l’autre sur son épaule.
«Écoutes bien le refrain…»
Un homme à la voix graveleuse marmonnait au son de la musique.
«If nobody loves me… I can always love myself.»
Je regardai Bec dans les yeux.
Il rit, puis me fit tournoyer au bout de ses bras.
Si j’avais eu à tomber en amour avec lui, ç’aurait été à ce moment là.
But if nobody loves you
And you feel like dust
On an empty shelf
Just remember
You can love yourself
“You Can Love Yourself”, de Keb’ Mo’ sur l’album Just like You
(Cet album est sorti en 1997… donc Bec ne me l’a pas fait jouer sur un vinyle, et pourtant, c’est vraiment ce que je me souviens… étrange…)
Categories: fragments
Il fait froid, et la neige crisse sous mes bottes. J’essaie de suivre ses traces mais il fait de si grands pas que je dois marcher sur la neige neuve deux fois sur trois. J’enfonce jusqu’à la mi-mollet, et j’ai peine à le suivre. Pourvu que je ne perde pas une botte, parce que mes bas sont depuis longtemps roulés en boule autour de mes orteils.
Arrivés au Zoo, Grand-Papa m’aide à passer par-dessus les tourniquets presque complètement ensevelis sous la neige.
Il me sourit.
«C’est notre secret, han, Grand-Papa?»
«Oui, Guylaine, c’est notre secret.»
Nous sommes seuls, nous n’avons pas le droit d’être ici, et c’est notre secret. Je souris de toutes mes dents, emmitouflée sous mon foulard.
L’hiver, il n’y a pas grand-chose à voir, au Zoo. Il n’est pas ouvert aux visiteurs, les pavillons sont donc fermés à double tour. Il ne reste que quelques animaux en cage qui supportent bien le froid – orignaux et compagnie – et tous les animaux sauvages de la région qui profitent du grand parc quand il est vide : hiboux, renards, lièvres…
Nous nous mettons en marche. Il n’y a pas de sentiers, je dois lutter contre toute la neige folle qui m’enlise. Mes pantalons de neige se mouillent.
De gros flocons tombent lentement, collant à tout. J’essaie d’en attraper avec mes mitaines, ma langue, mon nez.
Un fois au beau milieu du terrain, Grand-Papa déneige un banc de parc et nous nous asseyons.
Immobilité.
Silence.
C’est long.
J’ai froid.
Pipi. J’ai envie de faire pipi.
Je regarde Grand-Papa du coin de l’œil. Il sourit. Je souris.
Parfois, à force de rester parfaitement immobile et silencieux, un lapin tout blanc bondit vers nous, puis, se sauve à toute vitesse lorsqu’il nous voit, ou on aperçoit un renard aux pattes noires qui se faufile dans les buissons. À chaque fois, c’est un mélange d’émotions : curiosité, joie, et un peu de crainte.
Mais habituellement, on ne voit rien du tout, à part les nuages blancs qui s’échappent de nos bouches, et la neige, et les arbres nus.
Après un temps, Grand-Papa sort un Thermos de sa poche d’anorak, il est beige et brun et carreauté et plein de lait au chocolat chaud. Il sort ensuite un sac en papier, dans lequel se cachent, sous une couche épaisse de papier d’aluminium et de papier ciré, des biscuits sodas et du fromage orange, ou des biscuits au beurre de pinote.
Nous mangeons en silence.
Grand-Papa jette les graines de notre collation un peu en avant de nous.
Immobilité.
Silence.
Nous retenons notre souffle, pour ne pas faire de buée.
Craintivement, quelques oiseaux, gros-becs et jaseurs, viennent voir ce que nous leurs offrons. Ils mangent à toute vitesse, piaillant, puis se sauvent quand les écureuils et les tamias arrivent en courant, affamés, pour terminer les restes.
Si je tends la main doucement, ils viennent sentir ma mitaine, du bout du museau, tout étirés sur leurs pattes arrières, curieux mais prudents.
«On rentre, ma belle?»
«Oui. J’ai froid.»
Grand-Papa me donne sa main.
Categories: fragments
elle a l’air d’une petite poupée de porcelaine
sa peau est blanche blanche et douce et lisse
une petite poupée blanche au milieu de mes draps bleus
bleus du même bleu que ses yeux

tout ça pour moi
et j’arrêtais pas de penser à toi
j’en suis tellement confuse que j’en rime, esti!
m’a aller jouer dans le traffic, je penses ben
Categories: fragments
Les pivoines sont lourdes, roses et odorantes. Les tiges se courbent, touchant presque le sol.
Les fourmis courent, courent sur la surface de la fleur. Elles arpentent les pétales des immenses bourgeons fermés, s’arrêtent, activent leurs antennes, puis repartent à courir.
«Pourquoi elles font ça, Grand-Papa?»
«Qui?»
Il lève un œil furtivement de son roman, Guerre et Paix, puis continue sa lecture.
«Les fourmis. Pourquoi elles marchent tout le temps sur les pivoines?»
Grand-Papa ferme son livre, s’accroupit a mes côtés.
«Il n’y a pas de fourmis sur les fleurs ouvertes. Juste sur les bourgeons, tu vois, Guylaine?»
«Oui.»
«Les fourmis marchent sur les pivoines pour… les chatouiller!»
Il m’attrape et me chatouille la bedaine.
«Mais POURQUOI?»
«Les fourmis chatouillent les pivoines pour les réveiller, pour que la pivoine n’oublie pas d’éclore et de devenir une fleur.»
Je fixe ses yeux bleus, essayant de voir s’il me dit la vérité.
Grand-Papa me fait un clin d’œil.
J’embrasse sa joue rugueuse en riant.![]()
Categories: fragments
«You are my sunshine, my only sunshine…»
Je souris.
«You make me happyyyyyy when skies are gray»
«Encore!»
On recommence la valse imaginaire, ma robe vole au vent.
«You’ll never know dear how much I love you…»
Grand-Papa me serre plus fort dans ses bras.
«Please don’t take my Guylaine away!»
J’éclate de rire, et l’embrasse sur la joue.
«Cristal!»
Je le regarde, confuse.
«Cristal?»
«Oui, cristal! Quand tu ris, c’est comme du cristal.»
Grand-Papa me pose par terre, souriant, et s’allume une mince cigarette brune.
Categories: fragments
J’ai les deux pieds solidement posés sur des roches, et la rivière caresse mes jambes. Je reste complètement immobile, sous le soleil, la tête baissée, les yeux grands. De miniatures poissons tournoient autour de mes mollets, s’approchant rapidement, pour happer les bulles d’air qui collent à ma peau.
Ça chatouille.
Mais le moindre bruit ou mouvement les fait fuir, alors il ne faut pas rire.
Grand-Papa me tourne le dos pour appâter l’hameçon; il sait que je n’aime pas voir mourir les vers de terre.
Categories: fragments
On sonnait à la porte, en plein milieu de la nuit. Confuse, j’allai ouvrir, sans même m’inquiéter de vérifier qui était à la porte auparavant. C’était André. Il avait l’air tout petit, tout fripé dans le linge trop grand de Julien. Il entra sans dire un mot, alla s’asseoir au salon, s’alluma une cigarette.
«Y’est mort»
Jusqu’au petit matin il me parla de lui, son homme, son ami, son amoureux. Il n’y avait aucune émotion, que des mots.
Ramassée en boule dans le futon, je pleurais, je pleurais pour lui, puisqu’il en n’était pas capable.

Categories: fragments
ce midi je suis sortie prendre une marche sous la pluie
il tombait des cordes
l’eau glissait sur mon imper et détrempait mes jeans
il n’y avait nulle part où je pouvais poser les pieds qui n’était pas une flaque d’eau
les gens courraient, parapluies comme des boucliers, l’air triste, l’air déprimé, pâles comme des morts
l’été le plus pluvieux des 50 dernières années, que j’ai lu dans le journal ce matin
et pourtant
ça sentait tellement BON
ça sentait VERT et la sciure de bois de pin de la mil et l’eau et propre
et je me suis dit le fond de l’air est frais
pis ça m’a fait sourire
et je me suis demandé s’il avait fait beau l’été passé
l’été où il est parti
et je ne m’en souviens pas du tout
je me souviens juste de la honte des larmes des boîtes
alors je me suis dit
que j’aime bien la pluie quand je suis heureuse
Categories: fragments
viens avec moi cueillir des néons
j’ai pas grand-chose à t’offrir
que des poèmes et des petits gâteaux
et nous irons fleurir les trottoirs
à grand coup de rires et de révolutions
auxquelles personne n’adhérera
sauf toi
et moi

Categories: 02.poèmes